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Après des années sous perfusion numérique, l’État français tente enfin le sevrage

13/04/2026 Monde libre

À force de confondre modernisation et dépendance sous licence mensuelle, l’administration avait fini par prendre l’habitude de louer sa colonne vertébrale technologique. Cette fois, la DINUM promet une désintoxication en bonne et due forme : Linux, outils souverains, cloud européen, plans ministériels et sortie progressive des dépendances extra-européennes. Reste à voir si l’État veut vraiment reprendre la main, ou juste changer le vocabulaire de sa soumission..

Il y a à peine un mois, on rappelait ici même que pour certaines administrations, la souveraineté numérique ressemblait surtout à un slogan décoratif, soigneusement accroché au mur pendant qu’on renouvelait tranquillement les dépendances aux outils américains. Et voilà que, le 8 avril 2026, l’État français nous annonce avec une solennité retrouvée qu’il va désormais réduire ses dépendances numériques extra-européennes, sortir de Windows, migrer vers des outils souverains et demander à chaque ministère de préparer son plan de sevrage technologique d’ici l’automne. Mieux vaut tard que jamais, certes. Mais il faut tout de même saluer la performance : réussir à découvrir en avril que la dépendance est un problème, juste après avoir offert en mars une démonstration grandeur nature du contraire, c’est une forme de synchronisation administrative assez rare.

Cette fois, pourtant, le discours officiel ne se contente pas de repeindre la dépendance en “partenariat stratégique”. Sur le papier, la formule est belle. Dans le réel, elle ressemble surtout à un réveil tardif après une longue sieste sur un oreiller Microsoft, agrémentée de quelques abonnements stratégiques sous perfusion cloud. Mais, pour une fois, l’annonce ne se limite pas à une prose creuse sur “l’innovation”, “l’agilité” et autres mots de séminaire servis tièdes entre deux slides PowerPoint. La DINUM annonce noir sur blanc une sortie de Windows au profit de postes sous Linux. Oui, Linux. Dans l’administration. Le truc qu’on aurait jugé “trop compliqué” hier, avant de découvrir que la dépendance chronique coûte finalement plus cher que la compétence.

Autre signal intéressant, et pas juste symbolique : la Cnam a annoncé la migration de ses 80 000 agents vers des outils du socle numérique interministériel. Traduction en français courant : moins de dépendance aux suites venues d’ailleurs, plus d’outils publics comme Tchap, Visio et FranceTransfert, dans le cadre de LaSuite. Pour une fois, on ne parle pas seulement d’intention, mais d’un déploiement massif dans un opérateur public de premier plan.

À cela s’ajoute une exigence plus structurante : l’État demande désormais des plans concrets sur les postes de travail, les outils collaboratifs, les antivirus, les bases de données, l’intelligence artificielle, la virtualisation et les équipements réseau. Autrement dit, le sujet sort enfin du registre de la posture pour entrer, au moins sur le papier, dans celui de l’exécution.

Le signal politique ne sort pas non plus de nulle part. En janvier, l’État a annoncé la généralisation de Visio comme outil de visioconférence pour les agents publics d’ici 2027. En février, une circulaire sur la commande publique numérique est venue rappeler que l’achat public n’est pas seulement un concours de catalogue ou un festival de dépendance par renouvellement tacite, mais un levier de doctrine et de souveraineté. En mars, la DINUM mettait aussi en avant son bilan cloud 2025 : 84 millions d’euros de commandes, dont 70 % vers des fournisseurs européens, et même 99 % sur le seul périmètre de l’État. Dit autrement : la machine administrative semble enfin comprendre qu’acheter européen n’est pas un folklore de conférence, mais une politique industrielle.

Le communiqué officiel ajoute que chaque ministère devra formaliser d’ici l’automne 2026 son propre plan de réduction des dépendances, avec des axes qui ne laissent guère de place au malentendu : poste de travail, outils collaboratifs, antivirus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation, équipements réseau. En juin, les premières “rencontres industrielles du numérique” doivent même poser les bases d’une alliance public-privé pour la souveraineté européenne. Là encore, au moins, la cible est nommée et le calendrier existe. C’est déjà plus sérieux que la vieille tradition administrative consistant à repeindre une dépendance en “partenariat stratégique”.

Maintenant, il faut rester adulte cinq minutes. Une annonce n’est pas une migration. Une circulaire n’est pas une bascule. Et coller un drapeau européen sur une présentation ne transforme pas magiquement un parc informatique hétérogène, des logiciels métiers dépendants de Windows, des habitudes bureautiques ancrées depuis vingt ans et des marchés publics verrouillés par l’existant en grand écosystème souverain, interopérable, robuste et heureux. Ça, c’est la partie pénible. Celle où il faut former, accompagner, financer, migrer, documenter, maintenir et tenir face au lobbying des géants installés. Le genre de travail ingrat que les grandes déclarations aiment beaucoup moins.

C’est d’ailleurs là que le sujet devient réellement intéressant. La souveraineté numérique ne se résume pas à remplacer Windows par Linux ou Teams par Visio pour faire une belle photo de famille républicaine. La vraie souveraineté, c’est la capacité à maîtriser ses choix, ses coûts, ses données, ses standards, ses dépendances, ses cycles d’évolution et ses risques. En clair : la souveraineté, ce n’est pas du patriotisme PowerPoint. C’est de l’architecture, de la commande publique et une volonté politique qui accepte enfin de se frotter au réel.

Alors oui, il y a de quoi sourire en coin. Parce qu’il est tout de même fascinant de voir l’État découvrir avec gravité que dépendre d’outils dont il ne maîtrise ni les règles, ni les tarifs, ni les évolutions, ni les risques, ce n’est pas exactement idéal. Une révélation presque mystique. Il ne manquerait plus qu’on découvre que l’interopérabilité est utile, que le logiciel libre n’est pas une lubie de barbus, et que la souveraineté technologique coûte souvent moins cher que la soumission confortable.

Mais, pour une fois, le fond mérite mieux que le cynisme facile. Car si l’administration tient réellement sa ligne, si la sortie de Windows n’est pas enterrée dans six mois au nom du “pragmatisme”, si les plans ministériels de l’automne ne sont pas des catalogues d’intentions sans budget, et si la commande publique cesse enfin d’être le tapis rouge des dépendances importées, alors il se passera peut-être quelque chose d’inhabituel en France : un État qui arrête de commenter sa dépendance et commence réellement à la démonter.

Ce serait presque subversif.

Sources :

Cet article a été écrit avec un combo IA + bon sens humain. Parce que l’un sans l’autre, c’est souvent foireux !

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